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Qui veut boire du vin grec ?

Grandeur et déclin de la viniculture hellénique

La culture du vin est bien ancrée dans le monde hellénique et y joue un rôle prédominant depuis déjà plusieurs siècles (environ le milieu du 3e siècle avant J-C). La Grèce, berceau de la culture de la vigne et de la vinification, a répandu cette culture vers l’Europe occidentale. Ainsi, comme dans bien d’autres domaines, notre dette envers les Grecs est incommensurable lorsqu’il est question de vins. Pendant plusieurs siècles, la viniculture continue de se développer et de prospérer pour atteindre son apogée sous l’Empire byzantin. Dès le 8e siècle, non seulement la Grèce exporte énormément ses vins, mais les techniques vinicoles grecques sont enseignées dans les colonies italiennes, en France et en Espagne, des pays qui deviendront plus tard de véritables leaders mondiaux de cet univers.

Malgré cette avance considérable, le déclin de la viticulture en Grèce suit celui de l’Empire byzantin. L’invasion de Constantinople par les turcs met fin en 1453 à l’ère byzantine. Pendant le règne de l’Empire ottoman, la production et la consommation de vin sont découragées. L’imposition de taxes de plus en plus élevées force plusieurs vignerons à abandonner leurs terres. Plusieurs vignobles sont même brulés lors du retrait des Turcs du territoire grec. La Grèce perd ses acquis sur le plan vinicole.

La première moitié du 20e siècle est influencée par les différentes guerres, ne permettant pas vraiment à la Grèce de relancer son industrie vinicole. Après plusieurs années à tenter de se réintégrer aux circuits de distribution mondiaux, trop souvent avec des stratégies marketing peu efficaces et des vins de faible qualité à très grand volume (misant très peu sur les cépages qualitatifs du pays), il existe depuis peu une nouvelle génération de vignerons qui ont réalisé des études à l’étranger et s’investissent à créer des vins modernes de qualité supérieure en mettant de l’avant les cépages indigènes de la Grèce.

C’est ce renouveau et la typicité de ces vins qui offrent une belle opportunité de relance.

 

Pour Oenopole, un échec et une opportunité

Mais cela est loin d’être acquis. Il y a 10 ans, lors de la fondation d’Oenopole, si on demandait à un groupe d’exprimer leurs perceptions associées à la Grèce, 
les réponses étaient généralement négatives, les associations à la Retsina (vin dans lequel on ajoute de la résine de pin) et aux vins industriels de qualité très moyenne étant largement répandues. D’ailleurs, à la SAQ, on ne trouvait pratiquement aucun vin intéressant.

Transformant cette lacune en opportunité, Oenopole a cru que le terrain était vaste pour développer et faire connaître la qualité des vins du renouveau grec, en tirant parti, par ailleurs, de la riche histoire qui y est associée. Ainsi, le plan d’affaire initial d’Oenopole misait en partie sur le développement de la restauration grecque à Montréal, cette dernière n’offrant à l’époque aucun vin issu de ce renouveau. L’un des fondateurs d’Oenopole – Theo Diamantis – étant lui-même d’origine grecque, l’entreprise s’attendait à une entraide naturelle entre la communauté grecque et l’entreprise.

Pourtant, lors des premiers arrivages de vins, aucun intérêt de la part des restaurateurs grecs n’est démontré, ces derniers ne s’intéressant qu’au prix et très peu à la qualité et l’apprentissage des vins. Un vin grec, c’est un vin généralement peu couteux. Étant convaincu de la qualité des vins qu’il représente, Théo et ses partenaires ont dû réajuster le tir et décident de se tourner vers les restaurants de gastronomie de Montréal. C’est exactement ce qu’ils faisaient déjà avec les vins de vignerons italiens et français, alors pourquoi traiter la Grèce différemment?

C’est finalement le sommelier du Toqué! à l’époque qui court en cuisine chercher Normand Laprise pour lui faire déguster l’un des vins qui sera introduit dès la semaine suivante sur le menu dégustation. 
Puis, suivent rapidement les restaurants Joe Beef, Leméac, L’Express, ce qui redonne confiance à Oenopole dans sa démarche.

Aujourd’hui, plusieurs grandes tables du Québec proposent une sélection de vins grecs et la SAQ 
a connu des croissances explosives au cours des dernières années, notamment, grâce au travail acharné d’Oenopole. D’un échec séculaire, la production vinicole grecque est donc en voie d’être restaurée, ici comme ailleurs, et de retrouver ses lettres de noblesse.

 

Elisabeth LebelQui veut boire du vin grec ?
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