L’échec. C’est un mot qu’on n’aime pas, n’est-ce pas ? Il fait peur. Il est tabou. Vaut mieux ne pas en parler. Montrer que tout va bien. Pourquoi ? Parce qu’on a peur. Peur de ce que les gens vont penser. Peur de décevoir. Peur d’avoir mal.

Dans mon cas, c’était l’égo. Vous savez, cette personnalité qu’on se bâtit avec le temps et qui, finit-on par le croire, nous définit. C’est quand même extraordinaire : on se crée une image de soi-même et on se la répète tellement qu’on finit par se croire. Et tout d’un coup, on est notre personnalité au lieu d’avoir une personnalité.

En 2016 j’ai connu un échec magistral ! J’espère avoir un jour l’opportunité d’en raconter les détails sur la scène de Failcamp. C’est une histoire fascinante, pleine de rebondissements et dans laquelle j’ai l’impression d’avoir réalisé 2 MBA, un cours sur la faillite corporative, un BAC en relations humaines et un voyage introspectif au fond de moi-même. Et bien que ç’a été dur, très dur. Mais je ne regrette rien, car c’est ce qui m’a amené où je suis aujourd’hui et cette aventure me permet d’ajouter quelques autres points (dots) à l’image créée par Steve Job lors de son discours à l’Université Stanford:

You can’t connect the dots looking forward. You can only connect them looking backward.

Mais revenons à l’égo, car il est au coeur de mon plus grand apprentissage. Avec le temps, je m’étais créé un égo qui me définissait : il est devenu tellement important dans ma vie qu’il ne faisait plus qu’un avec moi. Et je ne parle pas ici de cet égo gonflé à bloc qui ne nous permet plus de passer dans le cadre de porte, mais plutôt l’égo que définissent les psychologues. Cet égo, c’est notre personnalité. Celle que nous nous sommes créée depuis la tendre enfance, grâce à notre environnement et en réaction aux situations que nous avons vécues. L’égo nous protège, nous cajole et la plupart du temps, il nous permet d’avancer, d’aller plus loin. Sauf quand il devient nous. Quand il ne fait plus 2, mais 1 avec nous.

Je me représente un peu l’égo comme une boule au-dessus de moi qui me suis partout où je vais. Et du jour au lendemain, avec l’échec relativement soudain, c’est comme si on avait pris un couteau et qu’on avait poignardé à multiples reprises cette boule au-dessus de moi, qu’on l’avait détruite. Et comme j’étais venu à être ma personnalité, tout à coup, je n’étais plus. Mon égo disparaissait, emportant avec lui mon identité la plus profonde.

Je me suis retrouvé sans aucune identité. Je n’étais plus entrepreneur. Donc je n’étais plus rien.

Presque un an plus tard, j’ai rebâti ma personnalité. Une brique à la fois. Et j’ai immensément appris.

Voici d’ailleurs quelques apprentissages, dans le désordre le plus complet.

1- On n’est pas notre personnalité, on a une personnalité.

2- Ma pire peur dans la vie, c’était de planter l’entreprise et de la mettre en faillite. J’ai vécu ma pire peur. Et je ne peux que constater que je ne suis pas mort. Que personne n’est mort. Donc si le pire qui puisse arriver ne me tue pas, ça me rend plus fort ? (OK c’est cliché, je sais, mais c’est quand même tellement vrai!)

3- Les gens ont plus d’empathie qu’on pourrait penser quand vient le temps de constater les difficultés de quelqu’un d’autre. Je me rappelle, j’avais une peur bleue d’appeler mes clients et mes fournisseurs pour leur dire que ça n’allait vraiment pas bien. Mais ils ont tous ou presque été incroyablement compréhensif et m’ont presque tous offert de l’aide.

4- Je crois que ma détermination à prendre soin des gens dans les 15 dernières années m’a permis de développer des relations solides qui m’ont aidé à traverser cette tempête. J’ai réalisé que le CARE était aussi important et bénéfique que je le croyais.

5- Il est toujours mieux d’annoncer les mauvaises nouvelles rapidement, avec authenticité et vulnérabilité. Les gens vont comprendre. Et ceux qui ne comprennent pas, ne perdez pas d’énergie avec ça…

6- Les vrais amis sont ceux qui t’offrent de l’aide dans ces situations. Les faux sont ceux qui s’éloignent, car tu n’as plus l’aura de succès que tu avais jadis.

Au final, l’échec fera toujours partie de notre vie. Qu’on le veuille ou non. On est mieux de l'accepter, avec le moins de résistance possible. Ce sera plus facile. Et tant qu’à vivre ces moments difficiles pourquoi ne pas absorber chaque gramme d’apprentissage que l’on peut ! On en sort plus fort !
Et faites attention à votre égo. Rappelez-vous: il n’est pas vous. Il n’est que votre personnalité.

 

Marc-André Lanciault

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