C’est connu : organiser des Jeux olympiques, c’est difficile, ça coûte cher, et ça laisse généralement les villes hôtes avec un paquet de désillusions, de promesses non tenues et de structures vouées à l’abandon.

Un autre risque est à considérer : celui de rater son logo.

C’est que des milliards de regards se tournent vers vous, déterminés à recevoir une première dose d’émerveillement avant la grand-messe des Jeux. Le logo doit faire rêver. Et avec les grandes attentes viennent les grandes responsabilités, ou quelque chose comme ça.

Pourtant, force est de constater que l’histoire récente des JO est émaillée de logos maladroits.

La série noire commence en 2008, quand le logo des Jeux de Pékin est détourné pour faire écho aux politiques brutales de répression en Chine. La silhouette sur fond rouge prend alors un tout autre sens.

Deux ans plus tard, le logo des Jeux d’hiver de Vancouver fait également parler pour de mauvaises raisons : les sportifs le trouvent statique, les esthètes le trouvent laid, et les Autochtones crient à l’appropriation culturelle.

Encore deux ans plus tard, l’esthétique audacieuse du logo de London 2012 laisse le monde perplexe, perplexité qui se transforme en ricanement quand on découvre sa ressemblance avec «Lisa Simpson dans un acte de sexualité orale». Une fois qu’on l’a vu, impossible de revenir en arrière.

Mais la médaille d’or du logo problématique revient probablement aux JO de Tokyo prévus pour 2020. Chronologie.

Le 24 juillet 2015, cinq ans jour pour jour avant la cérémonie d’ouverture, le comité olympique japonais présente les logos officiels qui remplacent le logo provisoire orné de fleurs. Dessinés par Kenjiro Sano, un designer lauréat de plusieurs prix, ces emblèmes créent un certain malaise par leur rejet des tendances actuelles ainsi que par leur manque de dynamisme et de charme.

La semaine suivante, le graphiste belge Olivier Debie et le Théâtre de Liège exigent du CIO qu’il retire ce logo. Motif : il s’agirait d’un plagiat du logo de leur théâtre. Une menace d’action en justice pour violation aux droits d’auteur est brandie. Sur son compte Twitter, Debie va jusqu’à publier une animation qui souligne la ressemblance entre les deux logos.

https://pbs.twimg.com/tweet_video/CK_vny9UwAAiE8U.mp4

Le 14 août, le CIO rejette la demande. «Je pense qu’ils [les deux logos] ne se ressemblent pas du tout», déclare Kenjiro Sano. On apprend néanmoins le même jour qu’il a dû renoncer à des images publicitaires qu’il avait imaginées pour l’entreprise japonaise Suntory, à la suite d’accusations de plagiat. La pression monte et les réseaux sociaux s’en donnent à cœur joie.

Le 1er septembre, Toshiro Muto, chef du comité olympique japonais, annonce que le logo incriminé sera immédiatement retiré de toutes les communications et présentations du comité national et du CIO. Il déclarera en conférence de presse : «Cet emblème n’est plus en mesure de rallier le soutien des Japonais. [...] C’est une situation bien malheureuse et je m’en excuse.» Jugé inoffensif, le logo fleuri créé en 2011 pour la candidature de la ville reprend temporairement du service.

Un concours graphique est rapidement lancé pour créer un nouveau logo et tourner la page sur ce douloureux prologue, et un gagnant est dévoilé le 25 avril 2016. Aucun théâtre n’ayant protesté à ce jour, on peut penser qu’il s’agit du logo définitif des Jeux de 2020…

Olivier Bruel