Quand on consulte le Larousse (ce bout de papier qui a survécu à l’échec de l’imprimerie), nous découvrons que la définition de l’échec se décline par la négative :

« Résultat négatif d'une tentative, d'une entreprise, manque de réussite ; défaite, insuccès, revers »

L’échec serait donc un résultat négatif

Ce constat est fatal, irréversible. Si vous avez déjà vécu les conséquences sociales, physiques et psychologiques d’un échec, force est de constater que le processus n’apporte pas de plaisir. Avec des lunettes positives, on ne peut que voir ce résultat comme un passage obligé, une étape dans un long cheminement vers autre chose de positif. Le résultat temporaire, qui laisse un goût amer, est un tremplin vers un apprentissage de vie. J’ai connu en amour et en affaires des résultats non désirables qui semblaient être négatifs. Ce n’est que plus loin sur le chemin, lorsque j’ai eu le recul de pouvoir regarder dans le rétroviseur, que j’ai compris l’importance de ces résultats. Dans une bataille qui a duré 5 ans, je me suis battu pour la construction d’une seconde école primaire à l’Ile-des-Sœurs pour mes enfants. Dans cette épreuve, nous avons vécu la perte d’un référendum contre notre projet, le changement de localisation pour l’école, l’obstruction persistante d’un groupe de citoyens, le jeu politique des instances scolaires, municipales et provinciales qui se renvoyaient la balle tout en blâmant l’autre palier pour le résultat négatif. Aujourd’hui, quand je vais reconduire mes 4 enfants dans cette école fraîchement construite, je réalise que tous les résultats négatifs et les déceptions étaient des obstacles sur le chemin du succès. Une vision court terme, centrée sur notre nombril nous fait voir les résultats négatifs…la sagesse et le temps nous donne un vision périphérique.

L’échec serait donc un issue d’une tentative

Il est certain qu’à force de définir par la négative, on perçoit l’action entreprise comme étant une tentative. Je préfère penser que l’action est plus forte que l’inertie, qu’à force d’essayer, il y aura des insuccès qui mèneront plus loin. J’ai vécu par exemple deux épisodes de fausses couches dans une tentative de procréer. Ces résultats négatifs m’ont forcé à me remémorer pourquoi je voulais des enfants et les sacrifices que j’étais prêt à faire pour vivre la joie d’être père. C’était un test de persévérance et de résilience…qui m’a permis de voir naître Laurence ?

L’échec serait immanquablement issue d’une entreprise…

Entreprendre est un verbe actif et l’échec est définit comme une conséquence passive. Belle contradiction. Ma mère disait : “Qui ne risqué rien n’a rien”. Je vois donc l’entreprise comme une prise de risque, un saut dans le vide qui nous force à vivre. Paradoxalement, le mot entreprise est voué à l’échec…c’est la façon dont on se relève qui forme le caractère.

L’échec est donc le résultat négatif d’un manque de réussite…

Déprimant, n’est-ce pas ? Résultat négatif et manque de réussite dans la même phrase ! Quand l’Académie Francaise vous parle d’un manque de réussite, il est difficile de valoriser l’échec et ses apprentissages. Nous sommes conditionnés socialement à garder ce manque de réussite secret, à ne pas en parler. L’égo et les conventions sociales freinent l’élan de l’apprentissage continue.

J’ai vécu un « manque de réussite » professionnel récemment – j’ai perdu mon emploi. Après la chute de l’égo et le choc de quelques jours, j’ai réalisé que cette épreuve m’appartient et représente la somme de toutes les décisions que j’ai prises dans les mois et les années précédant la perte d’emploi. Mes valeurs et mon style de gestion ne cadraient pas dans celle de l’organisation et je n’avais pas agi. J’ai laissé l’organisation me laisser plutôt que de la quitter – comme dans un couple qui ne fonctionne plus et qu’on a peur de dissoudre. La compagnie a fait le choix pour moi.

L’échec est synonyme de défaite, un insuccès, un revers…

Ouch – ça fait mal juste à lire la phrase. Quand le dictionnaire parle de défaite, insuccès et revers dans la même phrase, il est difficile de faire contrepoids. Si nous parlions plutôt de victoire en devenir, de succès en construction, d’accomplissement à suivre, nous aurions une lecture plus agréable sur le processus d’apprentissage qu’est l’échec. J’ai vécu l’échec d’un mariage avant de connaître le succès d’une nouvelle union et une nouvelle famille recomposée de 4 enfants. Malgré les préjugés judéo-chrétiens associés à mon épreuve, il est clair pour moi que je déconstruisais pour mieux reconstruire.

L’échec est par définition passif – on le subit

Finalement, est-ce qu’on subit vraiment un échec ? Les apprentissages qui suivent un échec nous rappellent que nous sommes tous des êtres en construction. Peu importe le domaine d’activité (affaires, politique, milieu artistique), nous sommes en constante création et construction de notre savoir-être. De l’enfance à l’âge adulte, nous évoluons et nous construisons par la suite d’échecs et d’apprentissages sur notre chemin. Il faut parfois déconstruire pour mieux rebâtir. On ne subit pas l’échec; il est la somme des événements, décisions, chemin parcouru, prises de position, prises de bec, joies et erreurs.

L’échec est la somme de nos choix. Il est temps qu’on s’assume et qu’on regarde droit devant.

Je suis, tu es, il est, nous sommes ce que nous échouons.

La vanité consiste à vouloir paraître. L’ambition à vouloir être. L’amour-propre à croire que l’on est. La fierté à savoir ce que l’on vaut

Olivier Drouin, Vice-Président Innovation et Stratégie, IN-RGY