Il y a deux ans j’ai lancé un nouveau projet un peu fou mais auquel je croyais beaucoup. Développer le « Wikipédia de l’empathie » (das right). J’ai appelé ça Personafy.

L’idée était de permettre à des collaborateurs de co-définir des personnages et de les détailler en ajoutant joies, frustrations etc. Tout ceci dans le but de permettre à des innovateurs de tout genre de concevoir de meilleurs produits, services et expériences. Ce que je me disais dans le fond : si la donnée empathique était facile assembler et utiliser, les designers et décideurs pourraient être mieux équipés pour créer.

Exemple, quelques cyclistes collaborent pour créer un personnage de « Cycliste urbain ». Ils attachent à ce personnage des anecdotes du genre « je vis constamment dans la crainte de portières qui ouvrent » et attachent aussi des artéfacts, comme des photos et vidéos par exemple. Tout ce contenu étant ensuite disponible pour qui voudrait s’intéresser à ce personnage ou à une problématique entourant ce personnage.

cycliste urbain

 

Je croyais à ce moment suivre toutes les règles de l’innovation en mode Lean Startup. J’ai validé verbalement le concept, ensuite monté des prototypes visuels, avec assez de validations, j’ai embauché une équipe et nous nous sommes mis à coder le produit puis à continuer les démos.

Fast foward 9 mois plus tard, nous avons une version 1 qui fonctionne, plusieurs utilisateurs potentiels qui semblent enthousiastes. Mais je dois me rendre à l’évidence que ça ne « décolle pas ».

Le doute s’installe pour la première fois. Un pattern commence à se démarquer et ça me donne froid dans le dos:

  1. Je fais une présentation, le mood est bon, les gens supportent l’idée. Tout est super bien reçu.
  2. Je quitte leur bureau en faisant des high-fives et en leur laissant un accès à la plateforme.
  3. Rien

Comment expliquer ca? Pourquoi les gens sont enthousiasmes mais ne passent pas à l’action? Après un peu de recul, voici comment je m’explique maintenant la situation.

Ta gueule avec ton sales pitch

J’ai tendance à être très (trop?) enthousiaste par rapport aux projets sur lesquels je travaille. J’arrive à créer une vibe lorsque je présente et ça toujours été un peu ma force. Le problème est que tu es là pour mesurer l’intérêt, il faut éviter d’influencer l’opinion de la personne interviewée. C’est un peu gênant mais je pense que finalement mes présentations de validation devaient ressembler à ça :

  1. Convaincre la personne qu’elle a un problème.
  2. Lui montrer la solution à ce problème.
  3. Prendre son enthousiasme pour une validation du produit.
  4. Être de bonne humeur.

J’insiste sur le point #4 parce que à y penser, j’étais probablement rendu un peu un junkie et mes highs se faisait à coup de validation que ce qu’on faisait était puissant et important. Quand on s’investit dans un projet corps et âme pendant plusieurs mois il est parfois difficile de rester pleinement motivé et il est vraiment très facile de s’accrocher aux moindres signes positifs.

Ma leçon dans tout ça est que quand vient le temps de valider quelque chose il est important de laisser le charme dans le tiroir et d’avoir le courage de ne pas influencer l’opinion. Ça semble vraiment la base mais c’est moins évident de rester neutre quand on est émotivement engagé.

La réalité qui m’apparaît plus évidente maintenant est que Personafy était plus « intéressant » que vraiment utile. Un beau projet open source peut-être, mais pas une business. J’aurais dû découvrir beaucoup plus rapidement que le problème que je réglais n’était juste pas assez fréquent et frustrant et coûteux.

L’inventaire de cet échec? Environ 1.5 an d’efforts, pas mal d’argent englouti et un ego un peu écorché. Je suis obligé d’admettre par contre que je sors de cette expérience un peu égratigné mais grandit (ca sonne cucu mais bon, c’est ca). J’ai une perspective plus personnelle de ce genre de projet d’innovation et j’en fait profiter mes clients. Aussi j’en connais beaucoup plus sur mes réflexes à surveiller.

On dit que le succès c’est de « passer d’échec en échec sans perte d’enthousiasme ». So what’s next? On travaille maintenant sur un autre concept excitant à dévoiler plus tard et espérons que je suis plus intelligent cette fois-ci. À suivre.

Stay sharp tout le monde.

PS. Le code de Personafy existe encore si jamais quelqu’un veut partir avec 🙂

Inventaire de personnages dans Personafy

Éric Bourget, Chef de produit